« Fake news » « fact checking » : vérifier l’information

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les groupes de discussion Messenger, WhatsApp ou par sms, nous voyons tous, surtout en cette période, fleurir des centaines « d’informations ». Mais la plupart sont fausses, visant à servir un objectif douteux ou à semer la peur. Pourquoi sont-elles virales ? Comment les reconnaître ?

Pourquoi les fake news sont-elles très diffusées ?

La raison principale du succès de ces fausses informations : leur caractère à sensation. Parce que l’information choque, intrigue, interpelle, attriste ou nous permet de dire du mal d’une personnalité ou d’une entité qui nous déplaît. Nous sommes toujours plus enclins à croire une information si elle renforce notre avis. Si, par exemple, vous n’aimez pas une certaine personnalité politique et que vous voyez sur les réseaux une « citation » honteuse qu’elle aurait prononcée, vous aurez naturellement tendance à le croire ; si au contraire cela était dit d’une personnalité que vous appréciez, soutenez et respectez, vous remettriez plus facilement en doute ce que vous voyez. C’est ce que l’on appelle la dissonance cognitive. Selon une étude du MIT (Massachussetts Institute of Technology l’article est en anglais), une « fake news » (fausse information) a environ 70% plus de chance d’être partagée qu’une véritable information.

Comment lutter contre ces fausses informations ? Et bien la première étape est de ne pas les partager si vous ne les avez pas vérifiées. Mais comment les détecter ? Il existe quelques démarches à respecter, quelques questions à se poser.

Qui diffuse l’information ?

Tout le monde s’improvise journaliste sur les réseaux sociaux ces dernières années, la France semble compter 66 millions d’experts sur tous les sujets et chacun y va de son avis. Il y a également toutes les personnes qui diffusent une information dans le but de nuire à l’image d’une personne ou d’un groupe et ceux qui veulent simplement obtenir de l’attention par des « likes » ou des partages et, enfin, les personnes qui ont partagé sans vérifier l’information, cela nous est tous arrivé.
L’une des premières étapes est donc de se demander « est-ce que cette personne/groupe est une source fiable ? ». Si un parfait inconnu vous alpaguait dans la rue pour vous dire « attention, les pommes sont toxiques et causent le cancer », vous n’iriez sans doute pas l’affirmer à toutes vos connaissances. L’exemple est bien évidemment exagéré, mais pas très loin du genre d’énormités que l’on peut trouver sur le net.
Bien entendu, si un groupe politique ou militant diffuse une information sur ses opposants sans source solide, la remise en question doit être automatique. Ils ne disent pas forcément que des mensonges, bien évidemment, mais il est normal de vouloir vérifier qu’ils disent la vérité, ou au moins toute la vérité.

L’information est-elle crédible ?

Cela peut sembler une question idiote, mais finalement, pas tant que ça. Sur les réseaux, dans les médias, la nouvelle règle d’or semble être de réagir à chaud. Prenons le temps de la réflexion et de déterminer les tenants et aboutissants. Est-ce que ce n’est pas un peu trop « gros », un peu trop « beau » ou au contraire un peu trop « révoltant » ?
Malheureusement, la réalité est souvent révoltante, mais se poser les bonnes questions avant de devenir vecteur de mauvaises informations est essentiel ; tant pour vous et votre moral que pour les gens à qui vous pourriez partager les informations. Même les médias et journaux professionnels, papier ou en ligne, peuvent commettre des erreurs et véhiculer de fausses informations.

Quelles sont les sources de l’information ?

N’importe qui est en mesure décrire le texte de son choix d’y mentionner « selon différentes sources » pour seule validation avant de le partager sur les réseaux.
Et bien oui, mais quelles sont ces sources ? Sont-elles citées ?

Une information donnée sans aucune source devrait être une première alerte dans votre réflexion. Remettons dans un contexte différent : imaginez un instant que votre voisin vous dise lorsque vous rentrez chez vous que les jours de passage des éboueurs ont changé. C’est une information anodine, mais pratique et qui vous touche directement. La première chose que vous voudriez savoir est « comment l’a-t-il su ?» s’il ne vous répond pas ou hausse simplement les épaules en disant « oh, faites-moi confiance, je sais » ou encore « c’est le voisin d’en face qui me l’a dit » votre premier réflexe serait sans doute de consulter le site de la mairie, du Semoctom ou de les appeler.
Même si des sources sont citées, si l’information est réellement importante à vos yeux, il faut alors aller les regarder et « les croiser ».

Croisez les sources

Internet est un outil d’une grande puissance pour ce qui est de la recherche d’informations. Les moteurs de recherche vous permettent de mettre la main sur des articles, des vidéos et des images du monde entier. Vous avez un doute sur une citation ? Sélectionnez-la, copiez, collez entre guillemets dans un moteur de recherche et jetez un œil aux résultats.
Si c’est une information sans citation, de la même manière, faites une recherche pour essayer de voir quels sites en parlent, de quelle manière.

Pour prendre un exemple très générique, on entend souvent dire que c’est Coca Cola© qui a « inventé » le père Noël, ou du moins sa couleur. Il suffit de taper « père noël coca cola » dans votre moteur de recherche, de regarder quelques pages et en quelques minutes, vous vous rendrez compte que c’est effectivement faux : même si la marque a joué un grand rôle pour véhiculer son image (1931), il était souvent représenté en rouge avant leur intervention (dès 1866).

A force d’exercices, vous saurez de plus en plus facilement repérer les sites sérieux (par exemple, qui citent leurs sources) de ceux dont le seul but est de vous attirer avec des titres aguicheurs afin de pouvoir vous afficher des publicités, voire de récupérer vos données personnelles (voir notre dossier sur la sécurité sur internet). Vous pouvez mettre les sites qui vous semblent les plus sérieux dans un dossier de favoris de votre navigateur.

Cherchez les comptes officiels

Si vous voyez que tel ou tel organisme, entreprise ou personnalité a déclaré quelque chose, essayez de trouver son compte officiel sur différents réseaux sociaux (Twitter est le plus souvent utilisé, mais vous pouvez aussi trouver des pages Facebook, des sites officiels etc.). Demandez-vous « si untel a dit cela, quand et où l’a-t-il fait, où puis-je trouver la preuve qu’il l’a dit ? », sur quelle chaîne de télé, de radio, à quel événement ?
Attention, il existe beaucoup de faux comptes sur les réseaux sociaux. La plupart des personnalités publiques ont des comptes certifiés, que l’on peut reconnaître grâce à un petite « badge », une icône ou une mention du fait que le compte a été vérifié par la plateforme.

Les images à sensation

Très régulièrement, pour donner du poids aux fake news, on se sert d’images… sorties du contexte. Une méthode relativement simple pour vérifier cela est la recherche d’image inversée. La plupart des moteurs de recherche permettent de retrouver les autres occurrences d’une image sur Internet (essayez de faire clic droit sur une image sur Internet puis rechercher cette image sur Google). Ainsi, si on vous montre une photo d’une émeute dans un magasin titrée « la folie dans telle ville suite aux annonces du Président ce week-end » mais que vous voyez cette image apparaître dans un article sur une pénurie à l’autre bout du monde il y a quatre ans, vous saurez que vous avez affaire à une fake news et à une personne ou un groupe malhonnête.

Sachez qu’il existe aussi ce genre d’outil pour la vidéo, mais c’est peut-être un petit peu plus difficile à prendre en main pour les personnes peu habituées à l’informatique. https://www.invid-project.eu/tools-and-services/invid-verification-plugin/

Quelles sont les réactions ?

Les commentaires sur les réseaux sociaux sont à la fois une bénédiction et un calvaire, cela dit si une information attire votre curiosité mais vous fait vous interroger sur sa véracité, allez jeter un œil aux commentaires ; vous n’êtes sans doute pas la seule personne à vous poser des questions. Il est même possible que certains internautes aient déjà fait le travail de recherche de sources et vous livrent le résultat de leurs enquêtes. Si vous êtes convaincu(e) par le travail et que vous êtes maintenant sûr(e) de la véracité ou fausseté de l’information, likez les commentaires utiles afin qu’ils aident d’autres personnes.

Ne pas relayer sans être sûr

Enfin, afin d’éviter que d’autres personnes ne se fassent prendre et limiter la diffusion des fake news sur les réseaux sociaux, qui provoquent de l’anxiété et de la haine, la meilleure des choses à faire est de ne pas les partager sans être sûr de leur véracité.

Les sites de « debunk », spécialisés dans la chasse aux fakes news

Il existe de nombreux sites ou comptes de réseaux sociaux qui traquent les fakes news les plus « populaires » et font un travail de recherche pour établir la vérité. En voici quelques-uns :

https://factuel.afp.com/ que vous pouvez également suivre sur twitter : https://twitter.com/afpfactuel?lang=fr

https://hoaxbuster.com/ que vous pouvez également suivre sur twitter : https://twitter.com/hoaxbuster

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/

https://www.liberation.fr/checknews,100893

https://observers.france24.com/fr/tag/intox

Si vous parlez anglais :

https://www.snopes.com/

Alors soyez vigilant, ne vous laissez pas tromper et travaillez votre esprit de déduction ! Si vous n’avez pas beaucoup d’activité en ce moment, devenir « enquêteur » du net est une occupation ludique, très enrichissante mentalement et culturellement ; en plus vous rendrez service en évitant les paniques, paranoïas et augmentation des tensions.
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